Pascal Garnier
En 2009, à l’occasion de la parution de « M’sieur Victor », Pascal Garnier s’était prêté avec gentillesse au jeu des 5 questions. L’interview s’était faite par téléphone, chez lui , en Ardèche. Les mots précipités et justes de l’auteur, ont aujourd’hui une résonance émouvante.
Rentrée 2009
Dans ce nouveau roman que vous publiez chez Bayard Jeunesse, on retrouve vos thèmes favoris: l’errance, la solitude, des êtres un peu perdus qui ont un pied dans la (dure) réalité et un autre dans leurs rêves, et qui tentent d’avancer, beaucoup d’empathie pour ces « anti-héros ». C’est ça la « marque » Pascal Garnier »?
On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire, alors ceci explique cela. Je suis arrivé dans l’écriture au moment de la notion de résilience. Je pense que c’est en dépassant les difficultés qu’on se construit. Ce sont les obstacles et les moments durs qui font avancer. Ecrire une histoire c’est comme un voyage initiatique. Tenez, une anecdote: la première fois que j’ai envoyé un bouquin à un éditeur, il s’agissait d’un récit style brèves de comptoir, j’ai reçu en retour une lettre manuscrite par un éditeur intéressé, c’était encourageant, mais qui se terminait par cette phrase sibylline: « Vous écrivez pour des gens qui ne lisent pas ». Disons que je suis modestement le porte-parole de ceux à qui on ne la donne pas.
Vous êtes adepte des textes courts. Comment fait-on pour être concis et ne pas laisser le lecteur « sur sa faim ».
Dans les pavés de cinq cent pages , à part quelques exceptions près, il y en a la moitié de trop. J’ai le respect du lecteur, j’essaye d’ennuyer le moins possible. La vérité c’est que je n’ai pas fait d’études , et qu’au début – jusqu’à trente cinq ans – je maîtrisais mal l’écriture, c’était un vrai handicap. C’est pour ça que tous mes premiers bouquins jeunesse sont écrits au présent. Mon style minimaliste vient de ce handicap. On retrouve la notion de résilience, il faut travailler son défaut pour en faire une qualité. Il y a une phrase que j’aime bien qui dit: « La poésie c’est deux mots qui se rencontrent pour la première fois ». Avec des mots simples, on peut dire beaucoup.
Vous écrivez à la fois pour les adultes et les jeunes: comment décide-t-on d’écrire pour l’un ou l’autre public. Comment écrivez-vous?
Je ne pense pas que mon style diffère d’un genre à l’autre. A mon époque, pour les jeunes, il n’y avait pas de différence en littérature, on passait de « Rouge et Or » aux classiques. La seule différence est dans le sujet. Je n’y vois aucune censure. Simplement il me semble inutile d’évoquer des expériences humaines à des jeunes qui ne les ont pas encore vécues. J’aime pas balancer des trucs durs pour les mômes, les enfants ont besoin de rêves.
Quand j’écris un bouquin, je ne sais pas où je vais: c’est comme essayer d’assembler, deux, trois pièces d’un puzzle, j’ai envie de voir ce que ça va former et connaître la suite du feuilleton. Parce que si je connaissais la fin de l’histoire, à quoi bon l’écrire!
Il vous arrive parfois de quitter vos collines pour aller vers votre public lors de salons ou de rencontres. Comment ça se passe notamment avec le public des jeunes?
Cette année, avec la sortie de mon roman chez Zulma (« Lune captive dans un oeil mort »), qui a suscité beaucoup d’articles, de nombreux prix, j’ai fait beaucoup de déplacements, dans des médiathèques, des lycées. Je n’aime pas toujours ça, mais je trouve que c’est la moindre des choses, quand un bouquin marche. J’ai été amené à rencontrer des grands ados de classe de 2nde ou de 1ère, c’est plus mon public.Voir des jeunes m’a beaucoup appris en matière d’écriture car si les mômes s’ennuient en lisant un roman, ils abandonnent. Et puis on parle beaucoup d’eux à travers les médias, mais quand on les voit, c’est différent, ils sont sensibles aux mêmes émotions que les adultes, et rêvent d’amour, de bonheur… J’ai le contact assez facile, on utilise les mêmes mots (ça les surprend d’ailleurs), j’ai eu aussi un parcours scolaire chaotique, ça nous rapproche. On arrive à se dire des choses importantes. Ils conçoivent souvent la littérature d’un point de vue scolaire or c’est avant tout un plaisir, comme le cinéma, la musique, c’est ce que j’ai envie de leur dire.
Quels sont vos autres projets d’écriture ou de publication pour 2010?
J’ai un roman qui va sortir chez Zulma en janvier prochain. Mon année sera principalement consacrée à l’adaptation de deux de mes romans adulte pour la télévision , sur France 3 pour le dernier roman, et sur France 2 pour « Comment va la douleur? », avec François Marthouret qui réalisera le film. L’écriture de scénario n’est pas jubilatoire mais c’est un exercice très intéressant, on apprend autre chose. J’écris aussi des pièces radiophoniques pour France Culture et France Inter. En jeunesse, il y aura également la parution de « Chemin de sable » chez Bayard. Un roman d’apprentissage qui raconte l’histoire d’un enfant des banlieues, illettré, qui fait le tour de France par les côtes pour retrouver à St-Jean-de-Luz, une jeune fille qu’il a connue sur les plages du Nord de la France. Une sorte de voyage initiatique, qui est aussi l’occasion de dire comment l’art peut transfigurer la banalité du quotidien.
Actualité
Retrouvez l’article « Chemin de sable » , le nouveau roman de Pascal Garnier.


